2009-06-17

Robinson Crusoë et Frédéric Bastiat

— Vous rappelez-vous comment s’y prit Robinson, n’ayant pas de scie, pour faire une planche?

— Oui. Il abattit un arbre, et puis avec sa hache taillant la tige à droite et à gauche, il la réduisit à l’épaisseur d’un madrier.

— Et cela lui donna bien du travail?

— Quinze jours pleins.

— Et pendant ce temps de quoi vécut-il?

— De ses provisions.

— Et qu’advint-il à la hache?

— Elle en fut tout émoussée.

— Fort bien. Mais vous ne savez peut-être pas ceci: au moment de donner le premier coup de hache, Robinson aperçut une planche jetée par le flot sur le rivage.

— Oh! l’heureux à-propos! il courut la ramasser?

— Ce fut son premier mouvement; mais il s’arrêta, raisonnant ainsi:

« Si je vais chercher cette planche, il ne m’en coûtera que la fatigue de la porter, le temps de descendre et de remonter la falaise. »

« Mais si je fais une planche avec ma hache, d’abord je me procurerai du travail pour quinze jours, ensuite j’userai ma hache, ce qui me fournira l’occasion de la réparer, et je dévorerai mes provisions, troisième source de travail, puisqu’il faudra les remplacer. Or, le travail, c’est la richesse. Il est clair que je me ruinerais en allant ramasser la planche naufragée. Il m’importe de protéger mon travail personnel, et même, à présent que j’y songe, je puis me créer un travail additionnel, en allant repousser du pied cette planche dans la mer! »

(Frédéric Bastiat, Sophismes économiques, Autre Chose, publié par Robinson)

4 commentaires:

LOmiG a dit…

Excellent !

Paul a dit…

Quel génie ce Bastiat !

Paul a dit…

Quel génie ce Bastiat !

AsTeR a dit…

15 lignes : des siècles de débats