2009-09-23

Le test géorgien, un nouveau Munich ?

Alors que l'Europe commémore la honte du pacte germano-soviétique et des accords de Munich et s'apprête à célébrer le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, une question s'impose : avons-nous retenu les leçons de l'Histoire ? Sommes-nous capables de ne pas répéter aujourd'hui les erreurs qui ont à ce point assombri le XXe siècle ?

Déplorer ou célébrer des événements passés ne présente aucun intérêt si nous restons sourds à leurs enseignements. De telles commémorations seront utiles seulement si elles nous permettent d'apprendre à agir autrement dans le présent et l'avenir. En Europe même, force est de constater que l'Histoire n'est pas finie et qu'elle demeure tragique. Vingt ans après l'émancipation de la moitié de notre continent, un nouveau mur se construit en Europe : sur le territoire souverain de la Géorgie.

Définir une stratégie active

Il s'agit d'un défi majeur pour les citoyens, les institutions et les gouvernements européens : acceptera-t-on que les frontières d'un petit pays soient changées par la force et de manière unilatérale? Tolérera-t-on l'annexion de facto de territoires étrangers par une grande puissance? Pour que les commémorations historiques qui s'annoncent aient un sens, nous appelons solennellement les leaders des 27 démocraties qui composent l'Union européenne à définir une stratégie plus active pour aider la Géorgie à recouvrer pacifiquement son intégrité territoriale et à obtenir le retrait des forces russes présentes illégalement sur son sol.

Nous n'appelons pas ici à une quelconque confrontation avec Moscou ni ne souhaitons le moindre retour à l'atmosphère hostile de la guerre froide, nous disons juste qu'il est primordial de ne pas se tromper dans les signaux envoyés au pouvoir russe actuel. Alors qu'une commission, mise en place par l'Union européenne et dirigée par la diplomate suisse Heidi Tagliavini, s'apprête à rendre son rapport sur les causes de la guerre russo-géorgienne, nous appelons les dirigeants européens à se remémorer quelques vérités héritées d'un passé pas si lointain.

Tout d'abord une grande puissance trouve toujours des prétextes pour envahir un voisin dont elle n'accepte pas l'indépendance. Souvenons-nous : Hitler accusa les Polonais d'avoir ouvert le feu les premiers en 1939 et Staline imputa aux Finlandais la responsabilité de la guerre qu'il déclencha contre eux en 1940. La question fondamentale est de savoir quelle est la nation occupée et quelle est la nation occupante, qui a envahi qui, plutôt que qui a tiré la première balle.

Ensuite, l'absence de réaction claire des démocraties occidentales face à l'agression et au démembrement d'une nation amie, si petite soit-elle, peut avoir des conséquences globales très graves. L'Union européenne fut fondée en réaction à l'esprit de capitulation de Munich et face à la mise en place du rideau de fer. Il serait catastrophique aujourd'hui qu'elle paraisse avaliser le retour de conduites qui plongèrent l'Europe dans la guerre et la division au siècle passé. Il en va de l'avenir de cette aventure, à laquelle nous avons consacré nos vies et nos œuvres, la réunification pacifique du continent européen.

Vaclav Havel, Valdas Adamkus, Mart Laar, Vytautas Landsbergis, Otto de Habsbourg, Daniel Cohn-Bendit, Timothy Garton Ash, André Glucksmann, Mark Leonard, Bernard-Henri Lévy, Adam Michnik, Josep Ramoneda.

Le Monde. Article paru dans l'édition du 23.09.09.

2 commentaires:

Criticus a dit…

Le problème, c'est que l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud ne sont pas la Géorgie. On ne pourra pacifier l'Europe de l'Est que quand on acceptera de revenir sur les frontières soviétiques. Celles de la Géorgie actuelle sont un héritage empoisonné légué par Staline...

Anonyme a dit…

La georgie a le droit de bombarder des populations civiles en ossétie mais la russie n'a pas le droit de les défendre.
C'est interessant comme raisonement.