2008-10-01

Liberalisme, crise des subprimes et plan Paulson

La crise du subprime constitue à mon sens la note du 11 septembre 2001 (qui a démarré le 9 avec l'assassinat de Massoud) et de la guerre d'Iraq.

Le citoyen-contribuable américain devra payer, d'une manière ou d'une autre, soit par la récession à court terme (en cas de refus du plan Paulson), soit par l'inflation à moyen terme (en cas d'adoption du plan Paulson).

Le citoyen-contribuable américain ne paye pas pour les spéculateurs, mais pour ses propres choix politiques passés (soutien à la guérilla islamiste de Ben Laden en Afghanistan après 1979, soutien à la guerre en Iraq). Les spéculateurs se sont contentés de profiter, de s'enrichir du fait des conséquences de ces choix stupides des dirigeants choisis par le peuple américain.

La crise des subprimes ne signe pas l'échec du capitalisme (qui va de crise en crise ; cf. la destruction créatrice de Schumpeter). Le libéralisme suppose des règles ; il n'est pas l'anarchie. Cf. Revel, dans la Grande Parade. Le libéralisme prône la liberté, mais avec son corollaire, la responsabilité. Ici, si des dirigeants prédateurs, des cambrioleurs en col blanc, se sont introduits dans les banques, les ont menées à la banqueroute en leur faisant prendre des positions excessivement risquées, ont encaissé les primes et s'en sont allés, ils doivent être personnellement sanctionnés.

La dichotomie d'Henri Guaino entre la barbarie du marché et la civilisation du capitalisme est conceptuellement erronée. Il en vient à prôner une sorte de capitalisme d'Etat ; ne voulant pas du marché libre, veut-il se passer de marché ou veut-il un marché administré ? Le libéralisme considère que nul autre que chaque homme n'est maître de sa propre vie ; ainsi, il est libre d'agir ; et propriétaire du fruit de ses actions (et responsable du tort qu'il cause à autrui). Le marché se rapporte à la liberté de chacun. Le capital se rapporte au droit de propriété. Le marché est le lieu de l'échange, il n'est ni un dieu ni une personne. Réguler (c'est à dire réglementer) le marché, distordre les prix, c'est porter atteinte directement à la liberté de chacun d'échanger, et indirectement à la propriété de chacun, qui inclut le droit de disposer de ses biens.

Le capitalisme suppose le marché, même si le protectionnisme a toujours exercé une séduction en France et constitué une limite (cf. le Grand Méchant Marché, de Thesmar et Landier).

Ce que perçoit Henri Guaino, sans l'exprimer correctement, c'est que le marché est un lieu où doit régner le droit, la sûreté. C'est-à-dire que les transactions doivent s'exercer dans un cadre juridique qui les garantit. Ce que nul ne conteste, pas même les libéraux. La liberté de contracter n'implique évidemment pas la liberté de méconnaître ses obligations contractuelles.

Que faire ? Adopter le plan Paulson, avec des garanties (non une subvention massive, mais des ORA ; et une privatisation de ces banques nationalisées dès que les conditions de marché s'y prêteront) : entre un coût de 2000 $ par Américain et un effondrement du système bancaire, mieux vaut la première solution. Restaurer la confiance. Revenir aux fondements économiques sains d'une société libre : droit égal à la vie, à la liberté, à la propriété, et responsabilité ; fraternité volontaire ; un Etat limité aux missions de police, justice, diplomatie et défense ; une économie du travail, du capital et de l'innovation ; un marché libre permettant de définir des prix d'équilibre ; une taxation qui ne soit pas dépourvue de son corollaire : une représentation qui exerce sa mission de contrôle... Et une monnaie solide (merci à la BCE de n'avoir pas cédé à la démagogie).

Le plan Paulson contrevient-il au libéralisme ? Je répondrais en disant que je m'étonne que les anticapitalistes qui hurlent contre le marché et pour l'intervention de l'Etat en temps normal, soudain en période de crise protestent contre l'intervention de l'Etat et demandent que l'Etat n'intervienne pas et laisse le marché céder la panique (une bulle spéculative à l'envers, une exubérance irrationnelle vers le bas) et mener à l'effondrement du système bancaire. Leur objectif n'est pas la prospérité commune, mais, idéologiquement, d'abattre le libéralisme.

On dit que la crise est causée par le marché, alors qu'il ne fait que traduire de mauvaises décisions politiques : Freddie Mac et Fannie Mae étaient des quasi-agences gouvernementales américaines ; et l'excès de liquidité mises sur le marché par la Fed pour noyer la crise du 11 septembre puis financer la guerre d'Iraq par l'inflation, encourageant les spéculateurs à prendre des risques démesurés et les Américains à emprunter excessivement pour se loger et consommer.

Une crise rebat les cartes. Au total, il y aura un appauvrissement des Américains (au moins temporaire : ils ont toujours su rebondir, jusqu'à maintenant), qui aura un retentissement sur nous, Européens. Le seul moyen que nous avons de nous en sortir est de devenir un relais autonome de croissance, par le travail, l'investissement en capital et l'innovation. A nous de savoir racheter les actifs actuellement sous-évalués. A nous de savoir diversifier nos risques. A nous de savoir ne pas reproduire les ferments de la crise américaine, à tous niveaux. En France, cela passe prioritairement par l'assainissement des finances publiques, c'est à dire par la réduction de la dépense publique, qui rendra à chacun une plus grande maîtrise de son destin et lui évitera de voir, comme en Argentine, son appauvrissement individuel résulter du fait d'erreurs politiques collectives ; et par l'émergence d'un capitalisme populaire, que devraient chercher à favoriser les prochaines vagues de privatisation.

Je terminerai en disant qu'il ne manque pas d'audace des politiciens de blâmer le court-termisme du marché (assertion erronée, cf. Thesmar et Landier, op. cit.), alors que les politiciens sont eux-mêmes coupables d'un court-termisme (induit par la courte durée de leurs mandats) qui n'a d'égal que celui des dirigeants prédateurs déjà cités.

3 commentaires:

Benoît a dit…

Quasiment d'accord...
Sauf lorsque vous affirmez : "Le libéralisme considère que nul autre que chaque homme n'est maître de sa propre vie ; ainsi, il est libre d'agir ; et propriétaire du fruit de ses actions (et responsable du tort qu'il cause à autrui)"...
En effet, toute l'histoire du libéralisme, si ce n'est à quelques exceptions près (du type Bastiat) montre que si le libéralisme est une belle chose dans le texte, la responsabilité du tort qu'il fait à autrui n'a que rarement été prise en considération. Et que vous avez donc raison de le mettre entre parenthèses... lesquelles ne sont pas de forme, hélas.
Le libéralisme est avant tout une idéologie individualiste, responsable de l'égoïsme et de l'égocentrisme ambiant... et donc bien sûr, des dérives actuelles du capitalisme.
Donc, un capitalisme excessivement contrôlé par l'état, une sorte de syncrétisme entre socialisme et libéralisme, me semble être la seule solution actuellement envisageable, le libéralisme seul se basant trop sur des notions de responsabilité ou de fortes valeurs morales, dont mes concitoyens (surtout s'ils se réclament libéraux, ai-je tendance à penser) sont quasi totalement dépourvu.

Benoît De Hertogh

Libertas a dit…

Il y a une ambiguïté dans votre texte : "le tort qu'il fait à autrui" a pour sujet l'homme dans mon texte, et semble avoir le libéralisme, qui n'est pas une personne, dans le vôtre.

Sur le prétendu individualisme, égoïsme et égocentrisme du libéralisme, je vous renvoie à un passage de La Loi, de Frédéric Bastiat, dont je vous recommande la lecture :

"Le Socialisme (...) nous jette à la face l'épithète d'individualistes.

"Qu'il sache donc que ce que nous repoussons, ce n'est pas l'organisation naturelle, mais l'organisation forcée.

"Ce n'est pas l'association libre, mais les formes d'association qu'il prétend nous imposer.

"Ce n'est pas la fraternité spontanée, mais la fraternité légale.

"Ce n'est pas la solidarité providentielle, mais la solidarité artificielle, qui n'est qu'un déplacement injuste de Responsabilité.

"Le Socialisme, comme la vieille politique d'où il émane, confond le Gouvernement et la Société. C'est pourquoi, chaque fois que nous ne voulons pas qu'une chose soit faite par le Gouvernement, il en conclut que nous ne voulons pas que cette chose soit faite du tout. Nous repoussons l'instruction par l'État ; donc nous ne voulons pas d'instruction. Nous repoussons une religion d'État ; donc nous ne voulons pas de religion. Nous repoussons l'égalisation par l'État ; donc nous ne voulons pas d'égalité, etc. C'est comme s'il nous accusait de ne vouloir pas que les hommes mangent, parce que nous repoussons la culture du blé par l'État" (p. 45 de l'édition de poche).

Répondant à votre autre objection, relative à la responsabilité, Bastiat n'était pas le seul : Jean-François Revel faisait encore plus court, dans La Grande Parade : "Le marché suppose le droit" (p. 62 de l'édition de poche).

Il est vrai que le libéralisme suppose un État de droit (rule of law en anglais) qui fonctionne, avec une police et une justice pourvues de moyens, afin d'assurer que les contrats soient respectés. Aussi je suis en désaccord avec votre préconisation : plutôt que d'investir dans un capitalisme d'État à la Guaino, un capitalisme sans marché, que vous semblez prôner également, et qui s'est toujours avéré être un désastre, je préférerais que l'État alloue ces moyens à la justice (deux fois plus pauvre en France que chez nos voisins), et admette que le marché est le mécanisme qui permet la meilleure allocation des ressources par les agents économiques (bien mieux que le "planificateur", qu'on le nomme Gosplan ou CDC ou Bercy ou comme on veut).

Benoît a dit…

Quasiment d'accord...
Sauf lorsque vous affirmez : "Le libéralisme considère que nul autre que chaque homme n'est maître de sa propre vie ; ainsi, il est libre d'agir ; et propriétaire du fruit de ses actions (et responsable du tort qu'il cause à autrui)"...
En effet, toute l'histoire du libéralisme, si ce n'est à quelques exceptions près (du type Bastiat) montre que si le libéralisme est une belle chose dans le texte, la responsabilité du tort qu'il fait à autrui n'a que rarement été prise en considération. Et que vous avez donc raison de le mettre entre parenthèses... lesquelles ne sont pas de forme, hélas.
Le libéralisme est avant tout une idéologie individualiste, responsable de l'égoïsme et de l'égocentrisme ambiant... et donc bien sûr, des dérives actuelles du capitalisme.
Donc, un capitalisme excessivement contrôlé par l'état, une sorte de syncrétisme entre socialisme et libéralisme, me semble être la seule solution actuellement envisageable, le libéralisme seul se basant trop sur des notions de responsabilité ou de fortes valeurs morales, dont mes concitoyens (surtout s'ils se réclament libéraux, ai-je tendance à penser) sont quasi totalement dépourvu.

Benoît De Hertogh